Dans Le Coran, il existe un lien étroit et prégnant entre le Messie et la Loi mais ce lien est détourné de son modèle évangélique originel, où ce sont les Anges du Seigneur qui trient le bon grain de l’ivraie et ce, à la fin des Temps. Certains versets vont divaguer et positionner Le Messie dans un rôle de législateur de la cacherout, d’autres convoquent les mécréants au tribunal de l’enfer, d’autres versets entrainent les Apôtres vers une dérive guerrière. « Les Apôtres » sont sollicités pour secourir le Messager Jésus dans la voix Allah et les incite à être « mes auxiliaires dans la voie de Dieu » (Q3/52). Le Messie Jésus devient aussi le Messie de la guerre, celui qui revient pour faire obéir l’humanité à la Loi et vaincre le Mal par la Loi. Globalement et progressivement, une juridisation de l’éthique se met en place. L’alliance se réduit à une Loi (nomos) et perd sa mystique du cœur à cœur. Cette juridisation façonnée à la fois par le judaïsme non digéré des collecteurs du corpus coranique mais aussi par les conceptions mimétiques politiques copiée par le Calife sur celles de Byzance et de La Perse. Dans le contexte de gestion d’un Empire bigarré, le Calife et d’autres hommes de pouvoir ont géré l’obéissance via la maîtrise des croyances et la codification des Écritures.
Tout d’abord, Le Coran codifie précisément tous les aspects l’obéissance zélée à la Loi qu’il identifie à la fois au Livre (la Torah) et à l’Al ‘Amr, le décret intransigeant de de Dieu signifié par son régent, le Calife, en vertu de l’Alliance mais, de par ses aspirations politiques et cette codification obsessionnelle, il va dégrader le spirituel en juridique. Le gérant de l’ordre de Dieu prend le titre de l’amir muminum, commandeur des Croyants, il est la figure actualisée du Messie comme l’était le basileus byzantin mais n’a cure de la foi (iman) et contrôle seulement l’orthopraxie de celle-ci. Logiquement et théologiquement parlant l’accomplissement des Écritures ne peut être que le fait du Verbe, c’est lui à qui le croyant doit obéir. Cette obéissance existe et est reconnue dans le Coran (obéir au Messager, être l’auxiliaire de Jésus) mais cette obéissance est transférée à la fin des temps pour libérer cette fonction au Calife. Jésus, dans Les hadiths est celui qui mène combat réel contre le mal incarné par le dajjal, l’antéchrist mais ce combat. Le Jésus des Évangiles qui montrait que le Royaume est au-dedans de nous et que le Messie ne résout le problème du mal qu’en partant du cœur de l’homme, source de tout mal est subverti.