L’art paléochrétien

Auteur : F. Chaussy

L’art paléochrétien est celui des « enfances » du christianisme. Art des commencements, ses débuts demeurent incertains. Il prend forme, en tous cas, à l’orée du IIIème siècle, tandis que sa limite la plus avancée ne dépasse pas la proclamation de la religion chrétienne comme religion d’État par Théodose 1er en 380. Date qui marque, en effet, une prise en charge officielle de cet art tant par l’empereur à Constantinople que par l’Église en Occident.

Dans les catacombes y prédominent sous l’influence des premiers convertis, issus de la Diaspora juive, les sujets tirés de l’Ancien Testament. Rares sont les sujets propres au Nouveau Testament. En particulier, aucune allusion n’est faite de la Passion, ni même de la Croix. Cette exclusion doit tenir d’abord au caractère infamant de ce supplice, qui pouvait donner aux païens une opinion méprisable du christianisme et même choquer ceux d’entre eux attirés par cette doctrine, ensuite au danger d’une marque aussi frappante pour les chrétiens. De nombreux motifs d’usage courant chez les païens, tels que la colombe, l’ancre, certains outils comme l’ascia, sorte d’herminette, le poisson-ichtus, ne risquaient pas de trahir les chrétiens pour lesquels sous le voile de l’allégorie ou même, comme le dernier, de l’acrostiche, ils suggéraient une signification plus profonde.

La représentation du sacré

Les peintures de la synagogue de Doura Europos et celles des hypogées juifs de Rome témoignent du désir de représenter le sacré. Loin de Jérusalem, mêlés aux Gentils, ils se seraient laissé pénétrer par les usages romains. A l’époque romaine, le relâchement iconique des Juifs correspond à une conscience plus nuancée des véritables interdits. Les milieux chrétiens d’origine juive ne devaient apporter aucune entrave à la représentation du sacré, d’ailleurs incluse dans la doctrine de l’Incarnation.

Le monde antique tout entier, les chrétiens compris, évolue dans un univers sacré. Tout y est symbole et allégorie. L’avantage des chrétiens est de donner à l’un et à l’autre un contenu plus profond et plus ferme. Lorsqu’au Vème et VIème siècle, la croix commencera à être représentée, elle figurera toujours au-dessus ou à l’intérieur d’une branche de laurier, insigne triomphal. Dans cette ligne, c’est sous forme de symbole que la Passion et la Résurrection que sont présentes dans les catacombes. Le Bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis et triomphe de la mort en rapportant sur ses épaules la brebis perdue, la Résurrection de Lazare qui annonce celle du Christ ou le cycle de Jonas comme le Christ l’indique lui-même. La colombe de l’Arche de Noé, l’ancre ou l’ascia dont la forme évoque la croix ou le poisson sont des signes de l’Ancien Testament.

 Le bon pasteur 

La Vierge à l’enfant

Catacombes Priscilla

D’autres modèles sont des thèmes gréco-romains des saisons, des heures, du phénix et sa figuration en paon, des évocations des Champs-Élysées lesquels relient à celles du Royaume des Cieux, les rinceaux de plantes en rapport avec la vigne. 

Des thèmes grecs vont être radicalement christianisés comme celui de Christ-Orphée, Christ vigne. À la fin du IIe siècle après J.-C., la figure d’Orphée subit une étonnante métamorphose : le chantre des dieux grecs devient une préfiguration du Christ. Le motif d’un tel rapprochement n’est pas la descente aux Enfers, tant exaltée au Moyen Âge et à la Renaissance. De manière plus inattendue, il s’agit du chant, ce chant qui, d’après la légende, charme animaux sauvages, arbres et pierres. Loin de lui prêter uniquement le rôle de repoussoir, séducteur des seuls « chênes et rochers » et instigateur de cultes impies, Clément d’Alexandrie voit en lui un fascinant précurseur : le chant est symbole de la Parole efficace. Le Christ, qui incarne cette Parole, est alors dépeint non seulement comme le chanteur, mais comme le chant d’ordre supérieur qui achève le miracle : il régénère les bêtes les plus sauvages, les hommes, et leur accorde jusqu’à l’éternité. Dispensatrice du salut, vrai Mystère et authentique révélatrice de Dieu, la Parole sublime le chant d’Orphée dont elle découvre a posteriori les trois vertus : être source de métamorphoses, être fondatrice des mystères et annonciatrice du Dieu unique.

Orphée dans les catacombes Marcelin

 

Les lieux

La basilique n’est pas une création de Constantin. Cette forme de bâtiment est déjà adoptée à Smyrne vers 160, ainsi que l’indique la Lettre de saint Irénée à Florin, qui fait état d’une basilikê aulê. En 260 Galien rend aux évêques les monuments de culte et les cimetières. En 303, Diocétien en interdit l’usage. Avec l’Édit de Milan, Constantin s’est borné à agrandir les proportions en hommage au Calvaire et au Saint-Sépulcre. Pour partir réaliser le premier acte du culte chrétien : la Cène implique la participation d’une chambre spacieuse, cet acte s’est perpétué dans le même cadre une pièce dans une maison (Ac 20, 7-12) d’abord occasionnelle puis permanente : les tituli de Rome (exemple le Domus de Constantin). 

La mosaïque du Domus di Costantino in Santa Croce in Gerusalemme

Basilique St Jean du Latran

Vint un moment où le nombre de fidèles dépassa la capacité d’une pièce ou d’un étage. L’édifice à choisir devait sauvegarder la caractéristique essentielle de participation en s’adaptant à ces nouvelles conditions. Ce ne pouvait être le temple juif ou païen qui laissait les fidèles à l’extérieur du sanctuaire. La basilique, bâtiment civil, sans distinction autre que de la localisation entre les acteurs principaux (représentants de l’empereur ou membres d’un tribunal, groupés à une extrémité) et le reste de l’assemblée parut le plus indiquée. De là les étapes : basilikê aulê, édifices de culte du IIIème siècle, interdits par Décius, rendus par Gallien, de nouveau interdits par Dioclétien qui précèdent la Paix de l’Église.

Le culte des martyrs

Un passage est établi entre la vénération vouée aux martyrs et le culte rendu au Christ ; on assiste dans l’architecture à la fusion progressive entre le martyrium et la basilique ou l’église. Le premier est un mémorial, qui retient l’aspect du mausolée. Grégoire de Naziance fit élever un mausolée à la mémoire de son père martyr. Le Saint-Sépulcre (328-336), à St Pierre de Rome, à la Nativité (330) seront associés à une basilique ou au flanc d’une basilique de cimetière comme le sépulcre de Sainte Hélène est associé à la basilique des Saints-Pierre-et-Marcelin. Le mausolée de Constance (fille de Constantin) se trouve au transept de l’église constantinienne de St Agnès.

Les belles mosaïques situées sur la voûte du couloir, datant du IVème siècle, représentent des motifs géométriques, des scènes naturalistes avec des fruits, des fleurs, des paons, des colombes et des scènes de vendanges.

La mosaïque représente la traditio legis, la transmission de la loi du Christ à ses apôtres Pierre et Paul, et de là au troupeau de l’Église, représenté par les agneaux. Elle symbolise la primauté du pape.

Le mausolée de Constance

La forme octogonale ou circulaire du mausolée en l’honneur d’un martyr devient monument de culte divin : c’est le cas en 380 de l’église de St Géréon à Cologne et l’église des Saints-Carpe-et-Polycarpe à Constantinople.

L’église des Saints-Carpe-et-Polycarpe à Constantinople

L’église de St Géréon à Cologne : dôme de 21 × 16,9 m